Le mot « chœur » trouve son origine dans le grec ancien khorós, qui désignait à la fois la danse et le groupe de danseurs et chanteurs. Une définition qui résume parfaitement l’esprit du projet lancé par Stereolux à Nantes : créer ensemble, bouger ensemble et faire corps à travers la danse.
Pendant plusieurs mois, cinq collèges et sept classes, de la 5e à la 3e, ont travaillé main dans la main avec Julien Grosvalet – chorégraphe, danseur et directeur artistique de la compagnie nantaise R14 – pour imaginer une création collective originale. Leur mission : inventer une danse hybride mêlant deux univers qui semblent à première vue opposés : les danses en ligne comme le madison et les danses de club électro.
Inspiré de « Chorus », un extrait du spectacle M.A.D., créé par Julien Grosvalet en 2021, le projet explore les liens entre les danses sociales d’hier et d’aujourd’hui. D’un côté, le madison, danse collective née à la fin des années 1950 aux États-Unis, pratiquée sans contact et en lignes. De l’autre, les danses de club, plus libres et spontanées, où chacun exprime son énergie sur le dancefloor.
Pour Julien Grosvalet, cette démarche est à la fois artistique et politique. Son spectacle propose « une ambiance festive et militante sur de la musique techno » et interroge la place du corps dans l’espace public. Il défend notamment l’idée de « recréer des espace de liberté d’expression et de décompression ».
Une année de création collaborative
Tout au long de l’année scolaire, les élèves ont collaboré avec le chorégraphe grâce à la plateforme des Classes Culturelles Numériques. Échanges, ressources, vidéos et défis créatifs ont rythmé leur aventure.
La première mission les invitait à réfléchir à leur propre rapport à la danse. Pourquoi danse-t-on ? Qu’est-ce qui nous pousse à bouger ? Les collégiens ont également mené des recherches sur le chœur dans la littérature et constitué une playlist collective de musique électronique et techno. « En français, ce projet nous a permis d’en apprendre davantage sur le chœur antique », raconte Mae, élève participante. « Faire chœur, c’est fabriquer ensemble avant de danser tous ensemble.»
La deuxième étape consistait à inventer collectivement quatre mouvements communs à la classe, réalisés à l’unisson. Répartis en groupes, les élèves ont dû s’accorder sur les gestes, les déplacements et l’occupation de l’espace.
Pour accompagner ce travail collectif, Julien Grosvalet avait un mot d’ordre : « Amusez-vous à ressentir les moments ou chaque groupe entre dans l’unisson. Goûter au plaisir de danser ensemble, amusez-vous, dansez et kiffez ces instants magiques de partage. Ces moments rares et infimes qui font que faire communauté en dansant devient un réel plaisir partagé ! ».
Pour Savannah, collégienne participante, cette expérience a été riche en découvertes : « Certains d’entre nous font de la danse et nous avons été surpris de devoir travailler sur la musique techno. Julien nous a appris que c’était une musique engagée et qu’il fallait mettre du dynamisme et de la conviction dans nos gestes. Cela nous a changé de nos habitudes, nous sommes sortis de notre zone de confort. Nous avons aimé avoir de la liberté pour créer au sein de ce projet. »
Enfin, une troisième mission les a plongés dans l’univers visuel des cultures du club : disco, house, techno, voguing, waacking, pop culture ou encore danse communautaire. Chaque collège a choisi une couleur qui est devenue le fil conducteur de sa tenue pour la restitution finale.
Une grande fête à Stereolux



Le point d’orgue du projet s’est déroulé le 9 juin à Stereolux, à Nantes. Pour cette ultime rencontre, toutes les classes participantes se sont retrouvées dans une ambiance festive. Les élèves ont présenté le fruit de leurs recherches, leurs créations visuelles et surtout la chorégraphie collective imaginée tout au long de l’année.
Dans une énergie communicative, les jeunes danseurs ont démontré qu’il est possible de créer du lien par le mouvement, de faire dialoguer les différences et de construire un projet commun à travers l’art.