Comment s’approprier l’histoire locale et comprendre les réalités de la Seconde Guerre mondiale quand on a 14 ans aujourd’hui ? Grâce aux Archives départementales de l’Hérault et à l’utilisation de la plateforme des Classes Culturelles Numériques (CCN), six classes de troisièmes ont remonté le temps pour mieux comprendre le quotidien des populations civiles entre 1939 et 1945.
Du 20 novembre 2025 au 9 mai 2026, le Domaine départemental de Pierresvives, à Montpellier, a accueilli l’exposition Vivre la guerre en Hérault (1939-1945). À travers des documents d’archives, des photographies, des témoignages et des objets prêtés par plusieurs musées, l’exposition a retracé la vie des Héraultais pendant l’occupation : les pénuries alimentaires, les bombardements, l’exode, la peur, la collaboration, mais aussi les actes de résistance et les élans de solidarité.
Pour prolonger cette démarche mémorielle auprès des jeunes générations, le service des actions éducatives et culturelles des Archives a souhaité développer un volet spécifique dédié aux scolaires. Après le succès d’un premier projet consacré à Frédéric Mistral l’an passé, il a de nouveau fait appel aux Classes Culturelles Numériques (CCN), un dispositif qui permet à des établissements de mener un projet éducatif sur une plateforme collaborative. « Nous pouvons faire travailler plusieurs classes éloignées de notre lieu principal à Montpellier ensemble sur un projet éducatif tout au long de l’année », explique Eulalie Veaute, médiatrice culturelle numérique.
Six classes de troisième ont ainsi relevé les défis lancés par les Archives. Sur la plateforme numérique des CCN, les élèves ont pu consulter des documents d’archives, publier leurs productions, échanger entre eux et découvrir les travaux des autres collèges. Un travail collaboratif qui a également permis de développer leurs compétences numériques. « La plateforme est idéale pour partager des images, mais aussi de l’audio ou des vidéos », souligne Eulalie Veaute qui précise encore : « sur le contenu comme sur la forme, les enseignants sont ravis. »
Incarner la jeunesse sous l’occupation
Premier défi proposé aux élèves : écrire un journal intime fictif en se mettant dans la peau d’un adolescent vivant dans l’Hérault pendant la Seconde Guerre mondiale, une manière sensible et immersive d’approcher cette période historique. « Les élèves ont été vraiment très créatifs », se réjouit Eulalie Veaute. « Nous leur avions demandé de travailler en petits groupes et d’aborder différents profils : un enfant d’une famille juive, un enfant d’une famille ordinaire, un enfant issu d’un milieu plus proche de la collaboration… Cela a permis d’obtenir des récits très variés. »
Les collégiens devaient imaginer une journée type d’un jeune confronté à la guerre : aller en cours malgré la faim, les restrictions, les bombardements ou l’arrivée de réfugiés ; vivre avec la peur des arrestations ; supporter les absences ou les séparations familiales.
Pour nourrir leur réflexion, les Archives départementales ont mis à disposition une riche sélection de ressources : tickets de rationnement, documents administratifs, témoignages, dossiers concernant des familles juives installées dans le département ou des fiches thématiques sur la vie quotidienne sous l’occupation.

Un serious game sur la résistance
Le projet ne s’est pas limité au travail en ligne. Les Classes Culturelles Numériques reposent aussi sur des temps de rencontre en présentiel. Les élèves ont ainsi pu visiter l’exposition à Pierresvives. Pour les établissements plus éloignés, une version itinérante a été prêtée pendant trois semaines directement dans les collèges.
Les élèves ont ensuite été invités à se glisser dans la peau de résistants pour le serious game : Opération Hérault libre. Dans ce jeu pédagogique, ils ont dû accomplir différentes missions inspirées de faits réels et de documents conservés aux Archives départementales : cartes, personnages, messages codés, témoignages… « Le jeu a permis aux élèves de mieux comprendre le rôle de la Résistance et les différents types de résistances pendant cette période », explique la médiatrice culturelle.
Décoder et contrer la propagande
Le deuxième axe de travail portait sur les esprits et la communication, un autre terrain d’affrontement de la Seconde Guerre mondiale. Après avoir analysé des affiches de propagande vichystes ou nazies conservées dans les fonds départementaux, les élèves ont reçu pour mission de produire un contre-document.
En s’appuyant sur des valeurs d’engagement, de liberté, de solidarité et de refus de l’oppression, les élèves ont conçu de nouveaux supports. « Les collégiens ont su analyser les affiches fournies et en recréer d’autres en réutilisant intelligemment les symboles de l’époque. Je pense que l’exercice a été profondément instructif pour eux. », ajoute Eulalie Veaute.


Le point d’orgue : la restitution collective à Pierresvives
Le projet s’est conclu par une grande journée de restitution organisée le mardi 26 mai à Pierresvives. Après avoir échangé virtuellement toute l’année, les six classes participantes se sont enfin rencontrées. Les collégiens ont présenté leurs réalisations devant les autres établissements et les équipes pédagogiques.
Les élèves ont ensuite interprété un extrait d’une pièce de théâtre mettant en scène la vie quotidienne dans un baraquement de prisonniers pendant la Seconde Guerre mondiale. Un moment fort, symbole de l’aboutissement d’un projet où les adolescents ont été les acteurs de la transmission de la mémoire. En associant archives historiques, outils numériques et création artistique, cette initiative a permis de rendre l’Histoire plus concrète et plus humaine pour les élèves.
Découvrez leur travail sur la plateforme des CCN des Archives de l’Hérault.